Sous le haut patronage de Son Excellence le Premier Ministre, la Banque de la République du Burundi, en collaboration avec le Ministère des Finances, a organisé une conférence-débat sur les réformes économiques en vue d’assurer une stabilité macroéconomique, c'était ce 14 aout 2025.
Dans son mot de bienvenu, le Gouverneur, M. Edouard Normand Bigendako a souligné qu’une meilleure coordination entre les politiques budgétaire et monétaire reste importante dans un contexte économique difficile marqué par des pressions inflationnistes, des tensions sur le marché des changes, une faible productivité et un recours excessif au financement monétaire.
Et pour répondre à ces défis, le Gouverneur a expliqué que la BRB a entrepris plusieurs réformes clés, notamment l’adoption d’une politique monétaire restrictive depuis 2023, la transition vers un cadre de ciblage de l’inflation, l’introduction du taux directeur comme référence pour le marché, et la modernisation des instruments de régulation monétaire, tels que la réduction de la période de constitution des réserves obligatoires et l’émission de titres pour absorber les excès de liquidité.
« Parallèlement, la BRB s’engage dans la modernisation de la gestion des réserves de change à travers l’usage de la plateforme Refinitiv, tout en préparant la digitalisation complète du secteur financier avec des objectifs d’inclusion financière, de gouvernance renforcée et de réduction des paiements en espèces », a-t-il ajouté.
Le Gouverneur a fait savoir que cette conférence visait à exposer les réformes en cours, à encourager la contribution des parties prenantes, et à jeter les bases d’un programme de stabilisation macroéconomique crédible. Pour la BRB, les priorités envisagées incluent l’assainissement des finances publiques, le développement du marché des capitaux, la stabilisation du marché de change et l’amélioration de la gouvernance économique.
Les échanges ont débuté par une présentation du Professeur Léonce NDIKUMANA, expert en économie, qui a partagé sa vision sur les réformes nécessaires pour atteindre les objectifs de développement du pays, notamment la réalisation de la vision d’un Burundi Pays émergent en 2040 et développé en 2060.
Pour le Ministre ayant les finances dans ses attributions, Son Excellence Alain NDIKUMANA, l’économie burundaise a fait preuve d’une résilience dans un environnement intérieur et extérieur particulièrement volatile. Cela s’est traduit par un maintien d’une dynamique de croissance positive, malgré l’accumulation de chocs exogènes ainsi que d’une progression de 3,9 % du PIB réel en 2024, contre 3,3 % en 2023. Toutefois, des déséquilibres macroéconomiques persistants s’observent. C’est notamment le déficit budgétaire élargi situé à 8,3 % du PIB au cours de l’exercice 2023/2024 et des réserves internationales très faibles, représentant seulement 1,4 mois d’importations à fin mars 2025. La dette publique totale, bien qu’en légère amélioration est à 54,3 % du PIB à mi-2024, reste sous tension, en dépit d’un recul de l’endettement intérieur.
Selon le Ministre, ces vulnérabilités macroéconomiques appellent une réponse stratégique intégrée, cohérente et ambitieuse, d’où la nécessité des réformes macroéconomiques, financières et structurelles de la part du Gouvernement. Les principaux objectifs du programme encours qu’il a relevés sont de:
- Renforcer les bases de la croissance économique solide, durable et inclusive,
- Assurer la bonne gestion des finances publiques à travers le renforcement de la gestion des dépenses axée sur la performance et la mobilisation des ressources afin de promouvoir l’investissement dans les secteurs promoteurs de la croissance et assurer la soutenabilité de la dette,
- Adopter une approche coordonnée de gestion des politiques monétaire, fiscale, de change, et d’endettement en vue d’assurer les équilibres macroéconomiques,
- Promouvoir le développement et la stabilité du secteur financier et
- Améliorer le cadre de gestion des politiques structurelles à travers le renforcement de la gouvernance afin de soutenir une croissance forte, durable et inclusive.
Ce document évalue en premier temps le programme de réformes engagées par le Gouvernement en 2023 avec l’appui du FMI, pour ensuite présenter les évolutions macroéconomiques et financières récentes et les perspectives macroéconomiques.
L’économiste au Bureau de la Banque Mondiale qui s’est exprimé a salué la volonté du gouvernement et de la BRB d’engager des réformes économiques ambitieuses. Il a renouvelé l’engagement de la Banque Mondiale à accompagner le pays dans sa quête d’un développement durable. Il a souligné que si toutes les parties prenantes jouent pleinement leur rôle, les résultats pourront être positifs, comme cela a été observé dans d’autres pays ayant surmonté des défis semblables à ceux constatés au Burundi.
Les représentants de la société civile ont, de leur côté, salué l’initiative du gouvernement et de la BRB. Ils ont cependant insisté sur la nécessité de veiller à limiter les imprévus budgétaires et à ce qu’aucun intérêt individuel ne vienne entraver la bonne volonté de mieux réformer manifestée, notamment par le Premier Ministre et le Ministre des Finances, qui ont exprimé leur engagement à faire de la croissance économique et de la stabilité macroéconomique des priorités nationales. Ils ont également souligné que la lutte contre la corruption et la transparence dans l’attribution des marchés publics sont des leviers incontournables pour la réussite des réformes économiques.
Le Représentant de la Chambre de Commerce et d’Industrie a, pour sa part, insisté sur une bonne orientation des devises disponibles vers des produits plus prioritaires. Il a, à ce point, fustigé la prolifération des boissons importés qui érodent une bonne partie de devises qui pouvaient être consacrées à d’autres produits destinés à la production. Il a également recommandé au gouvernement de soutenir les associations et entreprises locales engagées dans la production d’intrants agricoles et de semences, dans le but de réduire la dépendance vis-à-vis des importations.
Dans son discours de clôture, le Premier Ministre a rappelé que le Gouvernement, guidé par la vision éclairée du Président de la République, avait déjà entamé les réformes nécessaires vers l’émergence du pays. Il a insisté sur l’importance de poursuivre les efforts en s’appuyant sur le document de réformes élaboré en 2023, qui a d’ailleurs servi de base au document actuel.
Il a affirmé que le Gouvernement ne ménagera aucun effort pour atteindre la stabilité macroéconomique, et a lancé un appel à toutes les parties prenantes — partenaires, société civile, secteur privé et citoyens — pour qu’ils contribuent collectivement à la réalisation des objectifs fixés.
Cette conférence avait aussi rassemblé plusieurs membres du gouvernement, des représentants d’institutions étatiques, des partenaires multisectoriels de la BRB ainsi que des membres du corps diplomatique et consulaire accrédités à Bujumbura.